• Chapitre 5 Le ciel s'assombrit

    Jamais je n'aurai pensé que la vue de la gare de King's Cross pût m'angoisser à ce point. Et pourtant, quand le Poudlard Express entra dans l'imposant édifice en briques rouges, je sentis mon estomac se contracter douloureusement. Qu'allaient bien pouvoir dire mes parents quand ils me verraient ? Daphnée était venue m'informer en personne, avec une satisfaction manifeste, que le professeur Rogue, avait écrit à Père, pour l'informer de mon attitude, suite à la baffe magistrale que j'avais collée au fils Malefoy. En dépit des paroles rassurantes des filles, je ne parvins pas à contenir ma peur et c'est tremblante, la gorge nouée, que je m'emparais de ma malle de voyage à l'arrêt du train. Dans la cohue d'élèves amassés sur le quai, je tentais de me frayer un passage non sans mal, suivie par mes amies.

    "- Foutues cages à hiboux, ronchonna Lucy, une fois que nous réussîmes à nous mettre à l'écart de la foule.

    - Est-ce que vous voyez nos parents ? Demanda Matilda, debout sur la pointe des pieds en train de faire la girouette, puis fixant son regard sur moi elle ajouta d'une voix apaisante, calme-toi Tory, je suis sûre que tout ira bien."

    Je la regardais sans desserrer les lèvres. Au loin je vis Malefoy descendre, Crabbe portant sa malle. Il me lança un regard meurtrier alors que sa mère s'approchait de lui avec un air béat. De loin, je le vis autoriser sa mère à passer une main affectueuse dans sa chevelure d'un blond presque blanc, tandis qu'à ses côtés Daphnée inclina respectueusement la tête, comme Mère lui avait appris à le faire en présence de Sangs-Purs. Ainsi donc, ces-deux-là s'étaient réconciliés ? A la bonne heure, peut-être que cela retiendrait Malefoy et sa clique de se venger, espérai-je un instant avant de me raviser. Non, il ne fallait pas trop y compter. Vu la qualité de ma relation avec Daphnée, durant cette année scolaire, il était hautement invraisemblable qu'elle empêche son cher et tendre de me balancer du haut de la tour d'Astronomie après les grandes vacances. Peut-être pourrai-je compter sur Pansy, ironisai-je intérieurement en voyant sa mine déconfite. Elle regardait Drago et Daphnée se pavaner avec des yeux de carpe désespérée. C'était d'une tristesse ! Je soupirai en voyant ma sœur développer toute la palette de son talent de charmeuse pour impressionner Mrs Malefoy. Considérait-elle ça comme un premier pas vers de futures fiançailles ? Sans doute vu sa mine extatique. Daphnée était la parfaite petite fille de Sang-Pur, aux yeux de l'aristocratie. Douce, jolie, obéissante et uniquement préoccupée par la position sociale et l'influence que son futur époux pourrait obtenir. A n'en pas douter, Drago Malefoy était certainement le meilleur parti que l'on puisse imaginer. « Un parti » ! Comment pouvait-on penser à ce genre de choses à seulement treize ans ?

    Mes amies discutaient à côtés de moi de cette première année passée à Poudlard, sans que je n'écoute un traître mot de leur conversation. J'étais comme hypnotisée par le couple que formait ma sœur et cet insupportable Malefoy. Il y avait une grâce, une élégance qui émanait d'eux, sans que cela ne soit pour autant exagérée. Ils étaient remarquablement assortis, tous les deux blonds avec une peau diaphane, de hautes silhouettes longilignes, les yeux verts de Daphnée s'harmonisait avec ceux bleu-gris de Malefoy. Le parfait couple de Serpentard, dans toute sa noblesse.

    "- Tory ! Hé oh Tory tu es avec nous ? Demanda Lucy au comble de l'exaspération.

    - Hein… ? Je…euh…oui bien sûr, bafouillai-je, sans quitter le couple des yeux.

    - Ne t'en fais pas Tory, dit Susie en suivant la direction de mon regard, Malefoy a autant de courage qu'un troll et peut-être autant d'intelligence, estima-t-elle faussement perplexe, il ne te fera rien du tout et s'il essaye, je me charge personnellement de lui décolorer les cheveux une fois pour toute.

    - Bien dit, approuva Lucy, de toute façon si je ne reçois pas de tes nouvelles deux fois par semaine pendant les vacances, lui et ta sœur se chargeront de transmettre mes amitiés au calmar géant à la rentrée !

    - Et tu t'y prendras comment ? Demanda Matilda perplexe.

    - Matilda ne gâche pas tout s'il te plaît ! Implora Susie, c'est l'idée la plus brillante qu'elle ait eu de l'année !

    - Je dois encore peaufiner les détails", laissa tomber Lucy en fronçant les sourcils.

    Elle aperçût alors son père et arbora un grand sourire franc. Lucy nous embrassa avant de courir le rejoindre. Mr Coburn était aussi roux que sa fille et avait des yeux verts pétillants de malice. Grand et svelte, il donnait une impression indéfinissable de tranquillité et de douceur, comme s'il avait la capacité de traverser l'existence sans jamais rencontrer le moindre problème. Alors que Lucy le tirait par le bras dans notre direction, je me figeais sur place en entendant une voix glaciale souffler dans mon dos :

    "- Astoria !"

    Je déglutis et me retournais lentement. Face à moi, Mère me regardait avec une sévérité que je ne lui connaissais pas. Ses yeux bleus charriaient des glaçons tant elle semblait furieuse. Elle esquissa un rictus agacé avant de darder son regard venimeux sur chacune de mes amies, en insistant particulièrement sur Susie qui ne se débina pas. Comme toujours, quand elle se sentait défiée, Susan ne cillait pas et arborait cet air sévère et distant qui en impressionnait plus d'un. Le pli de mécontentement s'agrandit encore davantage sur le visage de porcelaine de Mère, tandis qu'elle prenait une longue inspiration pour calmer sa « contrariété ».

    "- Madame", la salua poliment Matilda avec son éternel sourire énigmatique.

    Mère haussa un sourcil méprisant envers Matilda. Certes les Montgomery étaient des Sangs-Purs, mais ils n'avaient pas le prestige et la richesse qui leur auraient octroyé le droit de se montrer si « entreprenant » en public avec un Greengrass. Les glaçons devinrent une banquise polaire dans le regard de Mère, tandis que sa respiration lente trahissait la montée de la colère. Elle ignora le salut de Matilda, qui ne sembla pas vexée, ni même touchée le moins du monde par autant de mépris. Lucy et son père s'étaient littéralement figés sur place, tandis qu'à côté de moi, Susie me faisait l'effet d'être un arc tendu au maximum. Honteuse, je baissai la tête, incapable d'en supporter davantage. Mère resta un moment silencieuse à observer notre petit groupe, avant de se raidir à son tour.

    "- Astoria, dit-elle finalement en reportant son attention sur moi, viens ici immédiatement.

    - Oui Mère, marmottai-je en la rejoignant la tête basse.

    - Astoria, m'interpella Matilda, tandis que nous nous éloignions, n'oublies pas que certains oiseaux peuvent rugir."

    Je lui souris timidement avant de me retourner vers Mère. Elle me foudroya du regard et sans un mot, elle me guida vers la sortie de la gare. Je la suivais les yeux baissés, inquiète de la pluie de reproches à venir à laquelle je devrais faire bientôt face. Tandis que nous traversions rapidement le quai, je trouvais le courage de lui demander :

    "- Est-ce que Père est là ?

    - Non, répondit-elle d'une voix sèche, ton père à d'autres choses plus importantes à faire que d'accueillir une ingrate au comportement inadmissible ! Oui, dit-elle en s'arrêtant net tandis que je rentrai la tête dans les épaules, figure-toi que nous avons eu le grand déplaisir de recevoir la lettre du Professeur Rogue qui nous a appris de quelle manière tu traites les gens de notre condition. Sache que la sanction sera à la hauteur de cet acte stupide, ajouta-t-elle les dents serrées, j'y veillerai. Comme si ton admission à Serdaigle ne suffisait pas à nous mettre tous dans l'embarras ! Te rends-tu compte, que j'ai dû me justifier auprès de ton oncle Walden ? Elle soupira exaspérée tandis que je relevai les yeux vers elle, qu'est-ce que j'ai fait à Merlin pour avoir une fille comme toi ?"

    Elle avait lancé cette tirade en un souffle, les dents serrées, les yeux plissés, faisant sans doute un effort inimaginable pour contenir sa fureur et sa déception. Qu'avait-elle pu faire à Merlin ? Oui effectivement elle pouvait se poser la question. Bien que d'un ton à peine plus haut que le murmure, ses mots m'avaient heurtés comme si elle les avait hurlés. Elle planta ses poings sur ses hanches et son large manteau gris bailla, laissant apparaître un ventre rebondi qui ne laissait aucun doute sur la venue d'un nouveau membre dans la famille. Les yeux écarquillés, je regardais le ventre de ma mère, dont la grossesse était déjà bien avancée. Personne ne m'avait mis au courant, même père. Pourquoi personne ne m'avait rien dit ? Levant mon regard vers elle, je lui adressais mille questions muettes. Mère referma rapidement les pas de son manteau et tourna les talons. C'était là sa réponse : puisque j'étais le membre « décevant » de la famille, je ne méritais pas d'être informée de quoique ce soit. La rejoignant rapidement, je me tins droite devant elle et plantai mes prunelles vertes dans les siennes :

    "- Je suis désolée, murmurai-je blessée par ses propos et ses secrets, je suis désolée de ne pas être la fille que vous espériez."

    Elle me considéra un instant et son visage parut se radoucir. Mère se pencha vers moi et murmura :

    "- A défaut d'être celle que j'espérais, je te déconseille de devenir la fille dont je ne voulais pas. Maintenant viens, ajouta-t-elle d'une voix forte en se redressant, nous devons trouver Daphnée."

    Une pierre me tomba sur l'estomac quand nous arrivâmes devant les Malefoy. Drago me toisa avec tant d'hostilité, que je préférais détourner les yeux tandis que Daphnée arbora un sourire figé. Totalement raide, ma sœur me donna l'impression de retenir son souffle, attendant que la foudre tombe.

    "- Denevra, dit froidement Narcissa Malefoy en hochant la tête dans un salut solennel.

    - Narcissa, lui répondit ma mère, Lucius, ajouta-t-elle en s'inclinant plus bas.

    - Bonjour Denevra", claqua la voix traînante et ennuyée du père de Drago.

    Je levai les yeux vers eux puis avant de maudire ma curiosité. Si Narcissa Malefoy était très belle, avec ses cheveux blonds, sa peau claire et ses yeux bleus, elle était d'une telle froideur que je me ratatinais sur place. Mais Narcissa semblait douce à côté de son mari. Lucius Malefoy donnait une idée assez précise de ce que serait Drago à l'âge adulte. Grand, un profil aristocratique, des yeux bleus perçants, tout en lui inspirait la crainte. Il émanait de sa personne une telle suffisance, une telle froideur autoritaire que je me surpris à envisager Drago presque sympathique en comparaison.

    "- Félicitations Denevra pour cette future naissance, dit Narcissa d'une voix lointaine dans laquelle je crus percevoir une note de tristesse, vous êtes bien chanceuse, vous qui avez une fille aussi charmante que Daphnée, ajouta Mrs Malefoy en adressant un sourire timide à ma sœur qui rosit de plaisir et de fierté instantanément en inclinant la tête.

    - Merci Narcissa, répondit Mère d'une voix douce, Daphnée a toujours fait notre fierté.

    - Ça en fait au moins une sur deux", glissa Drago d'une voix perfide.

    Il vrilla son regard glacial sur moi et nous nous défiâmes pendant un long moment. Mère et Daphnée se raidirent instantanément tandis que le fragile de Narcissa Malefoy s'estompa instantanément. Elle se tourna vers son fils, en lui adressant un reproche silencieux. Tout autour de nous les élèves de Serpentard et leurs familles se retournèrent subitement et affichèrent de larges sourires moqueurs. Regardant partout autour de moi, je vis un cercle d'élèves de Serpentard et leurs familles nous entourer. Mère redressa la tête et je fus admirative de son impassibilité. Son visage était totalement indéchiffrable, à la différence de celui de Daphnée qui trahissait une honte grandissante tandis que le mien devait être l'exact reflet de mon angoisse. « Oh non Susie, tu as tort, Malefoy est bien plus intelligent qu'un troll » pensai-je en reportant mon attention sur son visage machiavélique, en comprenant la petite mascarade qu'il avait mis en scène en se servant de Daphnée. Attirer les Greengrass dans un piège et les humilier, bien joué Malefoy.

    "- Et cette petite chose qui se cache derrière vous Denevra, est-ce là l'intrigante Astoria Greengrass ? Demanda Lucius d'un ton caustique. Quelle créature intéressante, dit-il de sa voix lente en me dardant de son regard polaire déclenchant des tremblements de peur incontrôlables, comment une chose aussi…insignifiante peut-elle avoir autant d'orgueil ? Interrogea Malefoy père en déclenchant un ricanement mauvais chez son fils, il faut croire que même dans les familles respectables, certaines branches malades viennent inévitablement ternir l'éclat de l'arbre."

    Sur cette ultime parole, Lucius Malefoy entraîna sa famille le plus loin possible de nous et nous les regardâmes sortir de la gare. Daphnée était si suffoquée de honte et de colère, qu'elle ne m'adressa plus la parole, tant qu'à Mère, cette humiliation en publique était la goutte d'eau qui venait de faire déborder le vase. Elle nous entraîna, d'un pas rapide, au comble de la rage et de la honte, dans la zone de transplanage et nous tendit ses bras. Je me sentais si mal que je laissais couler mes larmes. Ainsi c'était ce que j'étais devenue ? Une paria ? Je n'avais pourtant fait de mal à personne. Je ne comprenais pas, c'était tellement…injuste.

    Quand nous arrivâmes dans le parc du manoir familial, c'est là que la tempête éclata. Daphnée, fondit en larmes dans les bras de Mère, qui tenta tant bien que mal de la réconforter. Nous rentrâmes dans la maison par le jardin d'hiver, où Mère ordonna à Delby, notre Elfe de maison, de préparer une potion apaisante pour ma sœur. La pauvre enfant, avait vécu une terrible humiliation. L'Elfe s'activa aussi vite qu'il le put mais Daphnée semblait inconsolable. Je restai assise sur ma malle, sous le regard furieux de Mère, incapable de bouger, de parler de les regarder. Pourquoi était-ce moi que l'on pointait du doigt ? Je ne savais pas, il n'y avait pas de logique là-dedans. Mais c'était sans compter sur la rancœur et la colère de ma sœur aînée qui elle, en trouva une :

    "- TOI ! Hurla-t-elle en me montrant du doigt, je te hais je te déteste ! Comment est-ce que tu as pu faire une chose pareille ? Tu as tout gâché ! Mère ! Cria-t-elle en se retournant vers le fauteuil où elle venait de s'asseoir, elle a osé le frapper et maintenant…maintenant Drago me déteste et son père nous méprise ! S'écria-t-elle plus fort, la voix secouée de sanglots. Tu gâches tout ! Tu gâches toujours tout ! Tu n'es qu'une garce ! Je voudrais que tu n'aies jamais existé, sans toi jamais je n'aurai été humiliée de la sorte !

    - Tu es la honte de cette famille Astoria, énonça ma mère d'une voix morte en détournant les yeux de mon visage en larmes, tu nous as humiliés devant les Malefoy, devant les membres de l'aristocratie. Nous aurons besoin de tous les efforts de ton père, pour trouver un mariage convenable pour ta sœur, maintenant que nous sommes en disgrâce chez les Malefoy. Espérons que votre frère à naître nous apporte le moyen de retrouver notre honneur désormais perdu par ta faute, conclut-elle d'une voix dure, d'ici là, tu n'es plus la bienvenue en ma présence."

    Sans même répliquer, je courus pleurer dans ma chambre. Dès lors, je ne la quittais pour ainsi dire plus. Mère et Daphnée passaient des journées entières à courir les salons de thés, les endroits où il fallait être vu, il n'était pas rare, de les voir mentionnées dans la Gazette du Sorcier. Tout était bon, pour faire oublier l'outrage que j'avais commis en offensant si fortement les Malefoy. Pas une seule fois je ne les accompagnais, je restais assise sur mon lit à lire les lettres que mes amies m'envoyaient. Matilda s'inquiéta de me voir si seule et me proposa d'aller passer quelques jours chez elle, mais je dus renoncer à cette idée plus que tentante. Mère m'avait cloîtrée dans la maison, comme on enfermait un oiseau dans une cage. Je devais me conduire, comme une véritable Sang-Pur et fréquenter des gens de plus basse extraction que la mienne, ne rentrait pas dans la définition que ma mère se faisait de la noblesse. De mon perchoir, je pouvais entendre les conversations de ma mère et de ma sœur, les projets qu'elles planifiaient pour appâter à nouveau les Malefoy, encouragées par mon oncle Walden :

    "- Il faut augmenter sa dot, Denevra, affirma-t-il, dans la mesure où Hector est absent, je vous suggère de vous servir dans le coffre qu'il a réservé à ce petit avorton rebelle que vous avez enfanté, de toute façon qui épousera Astoria ?

    - Mon oncle vous êtes de si bons conseils, s'extasia la voix lointaine de ma sœur.

    - L'argent appelle l'argent, prenez donc cette somme Denevra, et versez-la à la seule fille que vous arriverez à marier, même un homme comme Lucius Malefoy y regardera à deux fois avant de refuser, je peux vous l'assurer."

    Bizarrement, cette idée me blessa. Non pas que je pensais au mariage, loin de là, mais qu'on puisse s'approprier ce que mon père avait construit me mettait en colère. Mon père…selon Delby, il ne reviendrait pas avant la fin des vacances, pour la naissance de l'héritier Greengrass tant attendue depuis presque seize ans. Il me manquait affreusement. Seule dans ma chambre entourée de mes livres et seulement distraite par le courrier et les apparitions ponctuelles de notre Elfe, les journées me paraissaient si longues. La frénésie de Poudlard me manquait tellement, la joie de vivre de Lucy, la sagesse de Matilda, la force de Susie…tout cela semblait s'estomper entre les quatre murs du manoir. S'il n'y avait eu leurs lettres, j'aurais sans doute fini par douter de la réalité de cette dernière année et jusqu'à l'existence de mes amies.

    Le temps passa ainsi à un rythme si lent et si monotone que je finis par emmêler les jours et les semaines. Tant et si bien que je ne pus retenir une exclamation de surprise quand Delby m'annonça que Mère était à Sainte-Mangouste car la délivrance avait commencé. Le fils tant attendu était enfin arrivé, sans que Père ne soit là. Toutefois, dès que Mère, Daphnée et Oncle Walden franchirent le seuil de la porte, en revenant de la clinique, le portrait de Lycoris Greengrass, notre arrière-grand-mère, salua, d'une voix qui résonna dans tout le manoir, l'arrivée de « Tomin Hector Greengrass » troisième du nom. Père était peut-être absent mais, c'était toujours lui le chef de famille n'en déplaise à Mère et son abominable frère. Je tentai de négocier alors ma libération, afin de voir ce petit frère que je ne connaissais pas encore mais Mère ne voulut rien savoir.

    "- Tu resteras dans cette chambre, jusqu'à ce que ton père revienne de son voyage !" Clama-t-elle d'une voix cassante avant de s'éloigner de ma porte.

    Entendre les pleurs de ce petit garçon, sans pouvoir l'approcher me brisèrent le cœur. Chaque jour, Daphnée passait devant ma porte en me disant des choses horribles comme quoi on tenait Tomin éloigné de moi, pour éviter que je le contamine et qu'il ne devienne un Traître-à-son-Sang. Je renonçais alors à toute remise de peine et restais sur mon lit à lire, et, peu à peu, la léthargie que j'avais quittée le jour où ma mère avait accouché s'empara de nouveau de moi. Mais elle ne dura pas très longtemps. Environ quatre jours après la naissance de Tomin, la porte de ma chambre s'ouvrit. J'étais alors au lit, quand ma mère alluma d'un coup de baguette magique toutes les lumières de la pièce. Eblouie, je me redressais et la regardais surprise :

    "- Ton père est rentré, dit-elle d'une voix froide, il veut te voir dans son bureau, tout de suite."

    Je bondis hors du lit à ses mots et me précipitais dans le couloir. Une fois de plus, le regard désapprobateur de Mère m'accompagna dans ma course, mais je m'en moquais. Je dévalais les escaliers en trombe jusqu'au rez-de- chaussée. Je m'arrêtai net devant la double porte en acajou sculptée de feuilles et de ronces entremêlés, et toquais. Mon père m'invita à entrer dans l'impressionnant bureau qu'il occupait, comme ses ancêtres l'avaient fait avant lui. La pièce dans laquelle je pénétrais, était la plus grande du manoir. Décorée de tapisseries vert-d'eau, où notre arbre généalogique était représenté, la première chose que le regard rencontrait était sans conteste le gigantesque bureau sculpté de serpents et de motifs floraux, qui dominait la pièce, en étant surélevé sur une estrade qui courait sur toute la largeur du fond. Derrière lui, une large baie vitrée couvrait pratiquement tout le mur du fond et offrait une vue imprenable sur le jardin. De part et d'autre, des étagères bordaient les murs du sol jusqu'au plafond, entièrement remplies de livres reliés de cuir multicolores. Père avait sans conteste, la collection de livres magiques la plus impressionnante qui soit dans notre communauté. Près de l'entrée, sur la droite, l'imposante cheminée blanche, au-dessus de laquelle le portrait d'Amphyas Greengrass le premier de nos ancêtres nous regardait d'un air sévère, faisait face à des sofas d'une teinte à peine plus foncée que celle des tapisseries.

    La pièce donnait une sensation d'harmonie et de calme que j'appréciais plus que tout. Père, me regarda approcher, assis au bureau, le menton posé sur ses mains jointes. Je le trouvais très beau ainsi, avec ses cheveux longs aux boucles épaisses d'un noir de jais qui retombaient avec grâce, encadrant son visage aux traits harmonieux et séduisants où, deux grands yeux verts brillaient d'intelligence. Une barbe naissante assombrissait sa mâchoire carrée, chose assez rare chez lui, qui n'aimait pas paraître négligé.

    "- Astoria, dit-il de sa voix grave avec un demi-sourire, viens, assied-toi près de moi.

    - Je suis heureuse de vous voir Père, dis-je en m'asseyant sur le fauteuil qu'il me montrait en face de lui.

    - J'imagine, énonça-t-il lentement en plissant les yeux, ta mère m'a raconté que tu avais été sanctionnée pour ton comportement.

    - Oui Père.

    - Cette sanction était-elle méritée selon toi ?" Demanda-t-il en se calant davantage dans son fauteuil noir.

    Je fronçais les sourcils, perplexe. Attendait-il une réponse en particulier ou s'intéressait-il véritablement à mon avis ? Je le regardais, sans comprendre. Père appuya l'index et le majeur de sa main gauche sur le haut de sa tempe et laissa reposer sa tête légèrement inclinée, signe qu'il attendait une réponse :

    "- Je…je suppose oui, dis-je en baissant les yeux.

    - Tu supposes ? Reprit-il son regard se fit alors plus insistant. Y'aurait-il une possibilité que ta mère est mal évaluée les faits Astoria ? Si tu « supposes » que la sanction est méritée, c'est qu'elle ne l'est peut-être pas, est-ce que je me trompe ma fille ?

    - Non Père, dis-je après un long silence.

    - Et en quoi cette sanction n'est-elle pas méritée Astoria ?"

    Inspirant profondément, je levais mes yeux en tout point semblables aux siens vers son visage dubitatif et lui racontais tout. Le mépris de Daphnée, le Détraqueur dans le train, la répartition, les paroles du Choixpeau, la rencontre avec mes amies, la haine farouche des Serpentards…tout y compris l'altercation avec Drago Malefoy. Durant tout mon exposé, Père ne cilla pas, il ne trahit pas la moindre émotion et me fixait d'un regard intense. Il semblait réfléchir au moindre de mes propos, comme s'il cherchait à en déterminer la véracité en les soupesant un à un. Je lui racontais l'humiliation subie par Mère et Daphnée à la gare par les Malefoy et toutes les paroles blessantes que j'avais pu entendre. Je me rendis compte que je pleurais, uniquement quand le silence envahit de nouveau la pièce.

    "- Je vois, dit-il en poussant un long soupir, je n'avais pas imaginé que les relations entre toi et ta sœur aient pu se dégrader à ce point, regretta-t-il d'une voix triste. Les choses vont grandement se compliquer maintenant, ajouta-t-il d'une voix pensive.

    - Je suis désolée Père, dis-je en baissant la tête, je sais que ce n'est pas ce que vous espériez. Je suis désolée de vous décevoir, pour Serdaigle, pour les Malefoy, pour tout…ma voix s'étouffa dans un sanglot.

    - Je ne te cacherai que je suis effectivement déçu, concéda-t-il d'une voix lasse, tu agis de manière inconsidérée avec le fils Malefoy. Faire usage de la violence contre autrui, est un aveu de faiblesse en règle générale et tu n'es pas une personne faible Astoria, je ne t'ai pas élevée ainsi.

    - Je sais Père.

    - Il y a autre chose qui me déplaît dans ton récit, énonça-t-il d'une voix lente après un long silence, le fait que tu prennes si ouvertement parti pour une Sang-Mêlée, quand bien même Malefoy aurait été odieux avec elle, n'est pas un choix judicieux Astoria. En tant que Greengrass, tu te dois de fréquenter des membres de ton niveau social, expliqua-t-il d'une voix douce en me fixant de ses yeux verts perçants, « manifester » une sympathie pour l'ensemble de la communauté sorcière est louable, mais de là à frayer avec le commun…je désapprouve cela petite fille. Ces jeunes filles dont tu m'as parlé, ne connaissent rien de nos usages, de nos valeurs, de ce qui fonde la culture de l'aristocratie sorcière. Peut-être faudrait-il envisager de t''en éloigner, estima-t-il le front barré d'un pli soucieux.

    - Mais Père, ce sont mes camarades de promotion, nous partageons le même dortoir ! M'exclamai-je, n'avez-vous pas dit vous-même que mon admission à Serdaigle était une opportunité de transmettre nos idées au plus grand nombre ?

    - Oui bien sûr, tu as créé des liens visiblement très forts avec ces jeunes filles, remarqua-t-il d'une voix triste.

    - Oui Père, elles sont mes meilleures amies, les meilleures que je n'ai jamais eues, si seulement vous les connaissiez, je suis sûr que vous comprendriez pourquoi j'ai pris la défense de Susie face à cette brute arrogante de Malefoy.

    - Une brute arrogante ? Releva-t-il en esquissant un sourire amusé, et bien, voilà qui change singulièrement des discours angéliques de ta sœur. Je suis au moins satisfait de voir que tu ne te laisses pas impressionner, ni intimider par le fils de Lucius Malefoy, mais ce n'est pas pour autant que j'approuve ces façons de faire, dit-il plus sérieux.

    - Je comprends Père.

    - Vraiment ? Répliqua-t-il en haussant les sourcils, tu as été loyale et beaucoup de tes camarades ont l'air de penser que tu as agis avec justice. Seulement la violence n'est jamais juste Astoria. Tu es née Sang-Pur et cela t'oblige à respecter une certaine réserve, dans tes désaccords mais aussi et surtout dans tes affections, particulièrement vers ceux qui ne sont pas de ton statut.

    - Père ! Ce sont mes amies, plaidai-je.

    - Certes, mais les temps sont en train de changer Astoria…"

    Je le vis soupirer la mine inquiète. Il me parut si las en cet instant et si vieux, lui qui n'avait pourtant que trente-six ans. Les yeux dans le vague, il réfléchissait les sourcils froncés, le visage fermé sur de sombres pensées. Se sentant épié, il leva ses yeux vers mon visage inquiet et esquissa une ombre de sourire :

    "- Que voulez-vous dire Père ? Demandai-je dans un souffle.

    - Que des temps sombres s'annoncent, répondit-il sur le même ton, témoigner si ouvertement de la sympathie pour des Sangs-Mêlés et des Nés-Moldus pourrait te coûter cher Astoria. Durant mon voyage, j'ai rencontré bon nombre de gens de notre condition et partout j'ai entendu les mêmes propos : les partisans du Seigneur des Ténèbres se rassemblent inexorablement, tous croient en son retour imminent et se préparent à livrer bataille.

    - Mais Père, Vous-savez-qui est mort, Harry Potter l'a vaincu ? Demandai-je la voix hésitante.

    - Je ne sais pas, soupira-t-il, mais l'évasion de Sirius Black d'Azkaban, la prison d'où il est impossible de s'échapper et où les plus dangereux Mangemorts sont enfermés, montre que nous ne sommes pas l'abri, partout autour de nous les Ténèbres s'épaississent Astoria, il viendra certainement un temps où nous devrons choisir notre camp, mais je refuse que mes filles soient au cœur du conflit à venir.

    - Vous pensez…qu'une autre guerre va commencer ? Demandai-je terrifiée à mesure que je réalisais l'importance de ses mots.

    - Je crois que cette effervescence qui agite le monde de la magie noire n'est pas feinte, affirma-t-il d'une voix morte, c'est pourquoi je te recommande la plus grande prudence. Fais-toi discrète Astoria, pour ton frère qui vient de naître, pour ta sœur. Si mes soupçons se confirment, tu serais bien inspirée de te murer dans un silence prudent. Les Malefoy étaient de fervents partisans de Tu-sais-qui, et s'il revient il est tout à fait envisageable que cette famille se range de nouveau de son côté. Ne pas leur témoigner de la « sympathie » pourrait faire de toi une proscrite, dit-il en me regardant dans les yeux, au même titre que les Weasley dont le sort n'est pas enviable. Ta sœur a très bien compris cela, c'est pour cela que nous l'encourageons ta mère et moi à fréquenter Drago. Même si cela me coûte de voir une de mes filles établir un lien de parenté entre les Greengrass et les Malefoy.

    - Pourquoi vouloir marier Daphnée avec le fils Malefoy dans ce cas ? Père ils sont à l'opposé de nos valeurs, de nos croyances, de…"

    Je me tus en voyant son regard se teinter de gêne et fuir la conversation. Une surprise choquée me fit écarquiller les yeux tandis que je comprenais la stratégie de Père. En mariant Daphnée avec Drago, Père s'assurait d'avoir les mains libres pour agir à sa guise, tout en donnant des signes rassurants à l'aristocratie partisane des idées du Seigneur des Ténèbres. Il achetait notre neutralité en vendant ma sœur aux Malefoy. Sauf que mon altercation avec l'héritier venait d'anéantir ses plans.

    "- Ne sois pas si choquée Astoria, me dit-il contrarié, les alliances dans l'aristocratie se fondent en général sur l'argent, crois-tu que j'ai épousé ta mère par amour ? M'interrogea-t-il d'une voix cynique, j'ai épousé la dot de ta mère. Drago Malefoy fera la même chose le moment venu. Nous agissons ainsi depuis des siècles. La différence, c'est que Daphnée se chargera de garantir la survivance de nos propres idées. En la mariant aux Malefoy, je vous garantis à toi et à Tomin de pouvoir avoir notre propre conception de la noblesse. Un jour pourtant, toi aussi il te faudra te marier. Et ce n'est pas par un comportement emporté et violent que tu trouveras un mari, mon enfant, ce qui serait terrible car une sorcière Sang-Pure sans époux est, je ne te l'apprends pas, la risée de tous le plus souvent."

    Notre conversation s'arrêta là et je retournais dans a chambre. Couchée dans mon lit, je repensais aux paroles de Père et à l'avenir qu'il envisageait pour Daphnée. Dans l'aristocratie Sang-Pur, les jeunes filles étaient fiancées très jeunes, à dix-sept ans et se mariaient en général avant leur vingtième anniversaire. Père avait vingt ans quand il avait épousé ma mère qui elle en avait dix-huit. Ma sœur venait de fêter son quatorzième anniversaire. Je réalisais soudain, le peu de temps qu'il lui restait, qu'il nous restait, avant que nos parents ne parviennent à un accord en vue d'une alliance avec une autre famille. Mes pensées s'envolèrent vers mes amies. Matilda rêvait de devenir médicomage, Susie voulait faire le tour du monde et Lucy envisageait de devenir reporter pour la Gazette. Je mesurais tout à coup la distance qui me séparait d'elles, moi, je n'aurai pas le choix, je ne pourrai pas faire de rêves fous et me dire que j'aurai tout mon temps pour fonder une famille. Comme toutes les Sangs-Purs, je serai vendue au plus offrant, en sortant de Poudlard. Des larmes coulèrent sur mes joues à mesure, que la réalité de ma cage dorée devenait plus nette. Je comprenais pourquoi, les aristocrates ne se mêlaient pas aux autres. Nos vies ne nous appartenaient pas, elles étaient à la disposition de la renommée familiale, le seul projet d'avenir que je pouvais faire était de porter une jolie robe en souriant d'un air béat pour donner une bonne image de mon futur mari, comme Narcissa Malefoy et Mère. Je me recroquevillais sur moi-même, suffocante de chagrin.

    Mon père rentré, il s'empressa de lever la punition maternelle au grand dam de Daphnée qui tenta de plaider sa cause sans succès. Si Mère lui donna raison, Père en revanche, avec sa sagesse habituelle, considéra les choses sous un autre angle. Il m'autorisa à passer tout mon temps auprès de lui, à étudier à ses côtés, nous passions des après-midis entiers à parler de mes lectures, de mes goûts. Etait-ce un moyen d'atténuer les terribles révélations qu'il m'avait faites le soir de son retour ? Peut-être. Néanmoins je lui étais reconnaissante de toute cette attention qu'il m'accordait. Si l'intelligence était ma qualité première, il s'appliqua à la développer pleinement, ainsi que mes capacités de jugement. Parfois, il me posait une simple question, sur telle actualité, tel concept magique et je devais justifier et argumenter mes opinions, construire mon raisonnement, sous son regard attentif, tandis qu'il hochait la tête, en signe d'approbation. Daphnée rongeait son frein pendant ce temps, amère de me voir de plus en plus proche de Père à mesure qu'elle-même s'en éloignait. Plusieurs fois, elle tenta de monopoliser son attention, sans pour autant susciter chez lui un réel enthousiasme sur les derniers commérages en date dans les familles de Sangs-Purs. Si Père avait été à Serpentard, il n'était pas pour autant une langue de vipère.

    Néanmoins, l'atmosphère au manoir demeurait tendue et je pouvais mesurer la distance qui m'éloignait, peu à peu de Mère. C'est à dater de cette époque que nos relations se dégradèrent, autant avec elle qu'avec Daphnée. Cette proximité avec mon père, je le devinais n'était pas anodine, mais elle semblait leur déplaire et les enfermer dans une rancœur qu'elles entretenaient dans leurs messes basses. Mère ne me parlait que rarement, et encore uniquement si elle y était contrainte. Le reste du temps, elle m'évitait, où me réservait un regard désapprobateur agrémenté d'un rictus déçu. Au fur et à mesure du temps, nous étions devenues de parfaites étrangères l'une pour l'autre, vivant sous le même toit, mais n'ayant plus rien en commun. Père désapprouvait totalement cette attitude, et plus d'une fois, j'entendis les échos de leurs disputes raisonner dans le manoir, assise sur mon lit dans ma chambre décorée aux couleurs de Serdaigle. Plusieurs fois, durant les vacances je surpris une tristesse profonde saisir les grands yeux verts de mon père, alors qu'il regardait ma mère et ma sœur. Lui, un homme si calme, si maître de lui, avec une pudeur typiquement aristocratique, le voir soudain s'abîmer dans une tristesse sourde, me blessait peut-être davantage encore, que la tension latente qui existait avec ma mère et Daphnée.

    Je passais des journées entières à jouer avec mon petit frère qui était l'exact portrait de Père. Une bouffée de tendresse m'envahit, quand je vis pour la première fois mes yeux verts dans ce petit visage rond et doux. Tomin était si beau ! Je me découvrais des instincts maternelles insoupçonnées et passais mes journées à le câliner tandis qu'il m'adressait des sourires béats. Mère ne passait guère de temps avec lui, si ce n'était au moment où elle l'emmenait chez ses amies pour exhiber l'héritier comme un trophée. Tant qu'à Daphnée, elle ne le regardait que comme une chose encombrante qui poussait des hurlements insupportables. Les rares fois où je l'avais vu dans la chambre de notre petit frère, elle affichait une mine dégoûtée en se plaignant de la contrainte que représentait un nourrisson. Elle refusait de s'approcher de lui, de le tenir, ou, horreur absolue à ses yeux, de le changer. Visiblement, l'instinct maternel n'était pas son fort, songeai-je amusée face à tant de dégoût.

    Le moment de quitter le manoir pour retourner à Poudlard fut un véritable déchirement. Quitter Tomin me coûtait tant que je retenais à grand-peine mes soupirs en l'embrassant avant de transplaner vers la gare. D'un autre côté, quitter l'atmosphère pesante du manoir pour retrouver mes amies avait quelque chose d'enivrant. Et tandis que Père nous conduisait à travers la gare, la tristesse de laisser mon adorable frère derrière moi s'estompait légèrement, quand je retrouvais mes amies de Serdaigle qui m'accueillir avec des exclamations ravies.

    J'adressai un dernier salut à Père, qui me regarda m'éloigner avec une expression indéchiffrable en hochant légèrement la tête. Matilda lui adressa un sourire timide de loin et le salua, alors que nous nous apprêtions à monter dans le train. Père la considéra un long moment. N'osant plus faire le moindre geste, je scrutais leurs visage en faisant des allers retours de l'un à l'autre, tandis qu'ils se jaugeaient, affichant une expression énigmatique, étonnement semblable. Au bout d'un long moment, Père inclina la tête en direction de ma meilleure amie, un rictus amusé collé à ses lèvres fines et mon cœur bondit de joie dans ma poitrine. Père acceptait Matilda, il acceptait mes amies et me faisait confiance quant au respect de nos valeurs. Heureuse, je laissais l'excitation de la deuxième année m'envahir et partis le cœur léger.

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